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La bigorexie, ou quand le sport devient dangereux


Course à pied, trail, natation, musculation, cyclisme... Et si le sport était une drogue ? Une vérité difficile à entendre pour les personnes concernées mais bien réelle dès que le sport devient autre chose qu’un simple plaisir. Cette addiction a été reconnue comme maladie et porte un nom : la bigorexie, véritable revers de la médaille des sportifs. Explications

Alcool, drogue, tabac, sexe, jeu… Dès que l’on parle d’addictions, on pense à des sujets plus ou moins inavouables au regard de la société. Pourtant, il en existe une bien plus complexe à comprendre : la bigorexie. Et là, âme sensible à l’effort, s’abstenir.



En effet, la bigorexie est l’addiction au sport. Un sujet qui pourrait porter à sourire si les personnes concernées ne mettaient pas leur santé en danger. Car si les bienfaits du sport ne sont plus à prouver, l’engrenage de ses préjudices physiques et psychiques reste méconnu. La définition de la bigorexie donnée par les spécialistes du Centre d’études et de recherches en psychopathologie de Toulouse est claire : « Besoin irrépressible et compulsif de pratiquer régulièrement et intensivement une ou plusieurs activités physiques et sportives en vue d’obtenir des gratifications immédiates et ce malgré des conséquences négatives à long terme sur la santé physique, psychologique et sociale.»



Tout commence souvent par une pratique sportive sous forme de loisirs, pour se remettre en forme ou pour accompagner un ami. Car le phénomène est loin de concerner uniquement les sportifs professionnels. Environ 15 % des personnes pratiquant entre une et plusieurs heures de sport par jour peuvent être concernées par cette addiction. Pour les sportifs amateurs, le risque de dépendance est à prendre sérieusement en compte dès les 10 heures de pratique par semaine. La bigorexie oblige donc le sportif à ne plus s’en passer, à tel point que celui-ci ressent une gêne, un mal-être s’il ne peut pratiquer à sa guise. Deux sports, reconnus pour leur intensité, semblent particulièrement favorables au développement de cette addiction : la course à pied et le culturisme.

Narcissisme, manque affectif, besoin de se prouver quelque chose, d’avoir une meilleure estime de soi… Si après une bonne séance de sport, le sentiment de légèreté et de bien-être en fait rêver plus d’un, les «drogués du sport» veulent répéter cette sensation trop souvent, quitte à ce que celle-ci devienne une obsession.



Le cercle vicieux de l’addiction



Outre les risques physiques (infarctus, fractures, tendinites, déchirures ou épuisement général), la bigorexie s’en prend rapidement au psychique. Car comme l’addiction aux drogues, la bigorexie influence le comportement et donc sur les rapports sociétaux. Convaincus de ne jamais s’entraîner assez, leur propre image est faussée, ils se sentent souvent en surpoids. L’emploi du temps se déleste donc des rendez-vous familiaux et amicaux au profit de l’activité physique. Une addiction en entraînant souvent une autre, le risque d’une dépendance à des produits anabolisants ou à des solutions protéinées existe également et principalement chez les adeptes du culturisme. Des troubles du comportement alimentaire peuvent donc faire leur apparition. Un cercle vicieux effrayant, entretenu par le déni dont font souvent preuve les personnes atteintes.



Mais comme toute addiction, la bigorexie se soigne. Désormais reconnue comme maladie par l’OMS (Organisation mondiale de la santé), sa prise en charge est la même que pour d’autres dépendances. Une fois la phase de déni passée, l’accro au sport pourra consulter un psychologue ou un médecin addictologue, afin d’entamer une thérapie souvent cognitivo-comportementales (TCC), pour qu’enfin, le sport redevienne un plaisir.


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