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La maltraitance des personnes âgées et adultes handicapés dans l’Ain


La maltraitance, c’est un thriller diabolique, un étau entre le bourreau et sa victime, l’emprise d’un dominant sur un dominé, et une atteinte à la dignité. C’est une souffrance, un préjudice moral ou physique. Pour en sortir, il faut en parler. Alors, parlons-en !

Maltraitance des personnes âgées et handicapées



La famille est la première source de maltraitance, or 80 % des personnes en perte d’autonomie vivent à domicile et la moitié d’entre elles est aidée exclusivement par des membres de la famille. Compte tenu du vieillissement de la population, le problème risque, en plus, de s’aggraver. Le nombre des plus de 60 ans dans le monde devrait au moins doubler, passant de 900 millions en 2015 à 2 milliards en 2050. ALMA est une association loi 1901 affiliée à la fédération contre la maltraitance fondée en 1994 par le Pr Hugonot, et qui regroupe une soixantaine de centres d'écoute départementaux en France. Dans l’Ain, l’association a traité 1700 dossiers depuis sa création, il y a 18 ans. Cela représente environ 50 cas par an.


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« Il y a plusieurs sortes de maltraitance », nous confie Michel Venet, le président fondateur de l’ALMA01.

« Elle peut être physique, psychologique, financière, médicale et médicamenteuse. Il peut également s’agir de négligences passives ou actives. Bien souvent, dans l’esprit des gens, la maltraitance, ce sont les coups. Mais pas seulement. Maltraiter une personne âgée ou handicapée, c’est aussi lui servir une plâtrée de pâtes tous les jours de la semaine ! ».



Deux fois par semaine, l’association lève le voile du silence par l'écoute des personnes âgées et/ou handicapées maltraitées, de leurs familles et des professionnels qui les entourent. Car le sujet est encore tabou, même si la parole se libère peu à peu : « Cela fait à peu près deux ans que les gens maltraités eux-mêmes nous appellent. Jusqu’à présent, c’était souvent un proche qui en dénonçait un autre en l’accusant de maltraitance. Dans tous les cas, il faut toujours démêler le faux du vrai. » Une enquête est alors menée. « On recoupe les témoignages au sein de la famille, on interroge le médecin de famille, l’assistante sociale du secteur ou la personne chargée du ménage à domicile par exemple ». Le but est de porter assistance, trouver des solutions et au besoin, alerter les instances compétentes.



Du handicap aux abus



Depuis 5 ans, l’association traite également les personnes en situation de handicap. Ils représentent 14 % des dossiers. « Ce sont souvent des cas beaucoup plus lourds que les personnes âgées, avec des viols et des coups. » L’écoute est la première aide fournie par l’association pour pallier l’échange social inexistant ou trouver un médiateur. Qu’elle soit à domicile et en institutions, la maltraitance agit comme une réaction en chaîne : problème d’effectif et de personnel dans les établissements ou manque affectif et difficultés financières au sein de la famille. « La maltraitance, c’est une cascade. Cela commence par de la cohabitation. Les enfants accueillent leurs parents vieillissants ou retournent vivre chez eux quand ils ont des problèmes d’argent par exemple. Tout le monde est content au départ, puis les relations se dégradent. On va détourner l’argent de la pension pour ses propres besoins, commence alors la maltraitance financière, ensuite ce sont les menaces, la maltraitance psychologique, la négligence car on ne s’occupe plus d’eux ou très mal, et enfin, arrive la maltraitance physique ».



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Les situations de dépendance sont lourdes à gérer pour l’entourage et peuvent représenter un facteur de déséquilibre et de souffrance. Ainsi les problématiques se recoupent : sentiment de solitude, épuisement physique et moral lié aux tâches contraignantes dans un contexte pénible à vivre au quotidien. Des solutions existent pour soulager les familles et ainsi éviter des situations de maltraitance dans la relation aidant-aidé : allocations, services d’aide à domicile, aides des caisses de retraites. « Nous ne sommes pas là pour juger ni donner des leçons, mais pour apporter une écoute bienveillante. Cela peut suffire pour désamorcer une situation de crise. » conclut Michel Venet.


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