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Les choix énergétiques de demain


Les centrales nucléaires fournissent plus de 75% de notre électricité. Elles font partie du paysage en France. La loi de transition énergétique prévoit d’abaisser à 50% la part du nucléaire dans notre mix énergétique d’ici 2025.

Mars 2011 : un tsunami endommage la centrale nucléaire de Fukushima et provoque l’accident nucléaire. L’émotion est vive. Le monde a les yeux braqués sur le Japon et découvre la catastrophe. Puis l’émoi laisse place à l’interrogation. De Tchernobyl, on avait prétexté des installations vieillissantes. Mais au Japon, pays high tech par excellence, elles ne l’étaient pas. Et si cette catastrophe arrivait chez nous ? Que ferions-nous ? Sommes-nous préparés ? La centrale du Bugey, entre autres, devient le cœur des critiques des associations anti-nucléaires. Elles pointent du doigt les fuites et les incidents. Jean-Pierre Collet est membre actif du réseau « Sortir du Nucléaire » dans le Bugey et milite pour le développement des énergies renouvelables. Lui et une vingtaine de membres mènent régulièrement des actions « ronds-points ». Pas de tract, pas de circulation bloquée. Leurs actions sont pacifiques. « On cherche à se faire voir et relancer le débat. Qu’on soit pour ou contre le nucléaire, toute installation industrielle a une fin. Le nucléaire n’est pas une énergie permanente ». Mais sans le nucléaire, c’est le retour à la bougie lui rétorque-t-on. « Faux. La centrale du Bugey a fonctionné pendant presque deux ans avec un réacteur à l’arrêt et un autre quasiment aussi, donc on aurait pu arrêter ces deux réacteurs définitivement. Mais le choix a été fait de les remettre en route à coups de millions ». La centrale du Bugey compte actuellement 4 réacteurs de 900MWe chacun et un réacteur en déconstruction, Bugey 1 dont les travaux de démantèlement se poursuivent. La centrale du Bugey produit en moyenne 24 milliards de kWh par an, soit près de 6% de la production nucléaire française, avec un effectif de 1378 salariés EDF et 325 salariés permanents d'entreprises prestataires auquel s'ajoute entre 600 et 2000 salariés d'entreprises sous-traitantes lors des arrêts de réacteurs. En 2016, la production au Bugey n'avait été que de 14,58 milliards de kWh compte tenu des réacteurs arrêtés.



La sortie du nucléaire : mythe ou réalité ?



Sortir du nucléaire, c’est le souhait de Joël Guerry, également membre du collectif : « Les énergies renouvelables ne permettent pas actuellement d'arrêter en quelques mois tous les réacteurs nucléaires et il faudrait pour une période transitoire avoir recours à des centrales thermiques. Il faut savoir que notre pays a un énorme retard par rapport à nos voisins européens dans le développement de toutes les énergies renouvelables. Par contre avec un programme très volontariste comme ça été le cas lorsque pendant 10 ans on a mis en route chaque année 4 réacteurs nucléaires, on peut assez vite remplacer l'énergie nucléaire dans notre pays avec des économies d'électricité et des énergies renouvelables ». Mais le nucléaire, ce sont des enjeux économiques et des emplois. « L'arrêt des réacteurs nucléaires du Bugey ne provoquera pas un chômage de masse car il faudra encore plusieurs centaines de personnes sur site pour surveiller les installations puis les démanteler, comme c'est le cas à Creys-Malville pour le surgénérateur SuperPhénix. Les autres personnels seront reclassés et ce serait aussi un bien sanitaire, car, leurs activités actuelles dans les parties très radioactives des réacteurs nucléaires ne sont pas sans risque pour leur santé. Il faut qu'un maximum de personnes participe au débat public actuellement en cours (https://ppe.debatpublic.fr/) et demande l'application du scénario Watt, pour discréditer et peut-être influer les choix de notre gouvernement. Pour ce qui est de la presse, elle ne relate pas toutes nos actions et informations et souvent elle se contente de recopier les communiqués d'EDF ».



Indépendance et Propreté : des mots qui font rêver !



L’association des écologistes pour le nucléaire (AEPN) soutien son maintien : « Les combustibles carbonés (pétrole, gaz, charbon), énergies dominantes actuellement, sont en voie d'épuisement rapide et sont la cause d'une pollution massive et globale de notre environnement, tandis que l'énergie nucléaire et les énergies renouvelables sont bien plus propres : elles n'ont aucun impact global, ne produisent que de petites quantités de déchets, isolés de la biosphère, faciles à gérer, n'affectant aucunement le climat et les ressources disponibles en uranium sont abondantes et durables à long terme ». Joël Guerry réplique : « Les centrales ne garantissent pas l’indépendance énergétique. L'uranium, combustible nucléaire de base vient en totalité de l'étranger, puisqu'EDF achète aussi des barres de combustible nucléaire aux Etats Unis, et de nombreuses pièces importantes des réacteurs sont fabriqués à l'étranger, dont le Japon. À cela s'ajoute aussi les nombreuses pollutions liées aux mines d'uranium. » Quant aux risques d’accidents ? « Le risque zéro n'existera jamais ». S’il arrive, il faudra donc se ruer sur les comprimés d’iode et vivre confiner dans son logement. L’évacuation de la population d’une ville comme Lyon relève de la fiction. Quant à la ville de Genève, elle n’est jamais qu’à 70 km à vol d’oiseau de la centrale.



Les éoliennes ont les oreilles qui sifflent



Un vent de polémique souffle sur les éoliennes. À l’instar des déchetteries, la population y est globalement favorable tant qu’elles ne sont pas dans le champ visuel. On se souvient de la montée de bouclier qu’avait provoqué le projet sur Innimond « menaçant le patrimoine bâti, paysager et naturel du village ». Initié par EDF avec le soutien du maire de la commune, le projet avait finalement été enterré au grand soulagement des riverains. Mais les éoliennes continuent de pousser comme des champignons. La France compte sur le développement de son parc éolien pour porter à 23% la part des énergies renouvelables dans son mix énergétique d’ici à 2020. Toutefois, leurs productions restent faibles par rapport à celle issue de l’énergie hydraulique qui serait la première source d’électricité renouvelable. Pour remplacer toute la puissance nucléaire actuelle par seulement des éoliennes, il faudrait installer 2 éoliennes de 3 MW par commune. À l’image des tours de refroidissement des centrales, les éoliennes sont la partie visible de l’iceberg énergétique. D’autres solutions sont en place : méthanisation, solaire, biomasse, biogaz, la géothermie.



En conclusion, alors que l’ONU a adopté le Traité sur l’interdiction des armes nucléaires (TIAN), souhaité par 122 pays, la France fait toujours partie du club fermé des États qui s’y opposent et continue même à moderniser son arsenal. La sortie du nucléaire n’est pas à l’ordre du jour.


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